Note aux rédactions : Interview possible avec Daniel Suda-Lang, Directeur de Handicap International Suisse.
"Le retrait de l'Ukraine en pleine guerre va à l'encontre de l'esprit du Traité d'Ottawa, qui interdit un retrait pendant un conflit armé. Cela affaiblit une règle internationale fondamentale pour la protection des civils. Nous reconnaissons le droit à la défense, mais les mines ont une valeur stratégique limitée dans les guerres modernes. Leur utilisation pour défendre les frontières est limitée et hautement discutable. Elles ne retiennent pas un adversaire décidé et créent des risques à long terme qui persistent bien après la fin du conflit", explique Daniel Suda-Lang, Directeur de Handicap International Suisse.
"Nous appelons l'Ukraine et tous les États à respecter les normes humanitaires internationales et à déclarer la protection des civils comme une priorité absolue. Il est plus important que jamais de renforcer la prévention, d'étendre le soutien aux victimes, d'investir dans le déminage et ainsi de protéger les générations à venir", souligne-t-il.
L'Ukraine, le pays le plus miné au monde.
L'Ukraine est le pays le plus contaminé par les mines antipersonnel et les engins explosifs : presque 138'500 km² de terres et 14'000 km² de zones aquatiques sont minés - un quart du territoire. Onze régions, dont Donetsk, Kharkiv, Kherson et Kiev, sont touchées.
L'utilisation de mines antipersonnel par l'Ukraine a déjà été documentée en 2022 dans la région d'Izium. Les États-Unis ont également effectué deux livraisons de mines antipersonnel en Ukraine fin 2024. Cette décision crée un précédent extrêmement préoccupant.
Conséquences humaines et économiques dévastatrices.
Entre février 2022 et mai 2025, plus de 1500 civils ont été tués ou blessés par des mines et des munitions explosives de guerre. En mai 2025, une augmentation préoccupante avec 53 civils blessés ou tués a été enregistrée : c'est trois fois plus que la moyenne des mois précédents.
Les mines antipersonnel entraînent des mutilations, des handicaps, des traumatismes et compliquent considérablement la reconstruction. Elles contaminent durablement les sols, mettent en péril la sécurité alimentaire, empêchent le retour des déplacés et entravent les aides humanitaires. L'agriculture ukrainienne, fondamentale pour l'économie du pays, est également fortement impactée : plus de 700 hectares de zones rurales ne sont désormais plus utilisables. Les coûts économiques sont estimés à plus de 11 milliards USD annuellement.
Traité d'Ottawa en danger : une conférence à Genève, plongée dans le silence des États.
Du 17 au 20 juin 2025, les États parties au Traité d'Ottawa se sont réunis à Genève : pour la première fois depuis l'annonce du retrait de cinq pays européens (Estonie, Lituanie, Lettonie, Finlande et Pologne). Handicap International et la Campagne internationale pour l'interdiction des mines antipersonnel (ICBL) ont appelé à une réaction déterminée. Alors que la Norvège, l'Afrique du Sud et le Mozambique ont tenté de protéger le traité, la majorité des États n'ont pas pris position avec la détermination nécessaire.
Ce silence engendre un effet domino inquiétant, menace l'intégrité du traité et sape des progrès humanitaires de plusieurs décennies. À l'occasion de cette conférence, Handicap International a placé une bannière sur la sculpture "Broken Chair" à Genève contre le retour aux mines antipersonnel, en signe de mobilisation contre le recul des standards humanitaires.
Ces chiffres proviennent de la plate-forme nationale d'action anti-mines et doivent encore être confirmés et mis à jour par une partie indépendante.
Contact Presse : Pauline Wilhelm, Handicap International Suisse, Responsable Médias et Communication, Avenue de la Paix 11 - 1202 Genève, 022 719 93 36, p.wilhelm@hi.org, www.handicap-international.ch
